Information / Actualité

L'Homme et la spiritualité

Hymne à la Vie : Le sens divin de la Création

L'évolution transcende l'humain, mortel, en espèce immortelle

En affirmant la véracité des thèses Darwiniennes de l'évolution, le père Teilhard de Chardin, jésuite, remettait en question les certitudes de beaucoup et se mettait lui-même en facheuse posture par rapport aux convictions religieuses de l'Eglise à l'époque.
Il n'en a pas conclu pour autant comme certains qu'on pouvait nier l'existence de la mort, dès lors que l'espèce survit à l'individu. Ce qui revient à déclarer qu'il n'y a que la Vie
Pour Schopenhauer, la mort de l'individu-abeille est négligeable ; la vraie mort serait celle de l'espèce-abeille, mais l'espèce ne meurt pas. Simplement, pour se perpétuer, la vie a besoin du temps (il faut neuf mois pour faire un enfant, beaucoup plus pour que lui-même engendre à son tour...). L'espèce se dissémine et se disperse dans la suite de ses générations ; la vie "prend le temps de vivre" ; l'éternel de l'espèce "bivouaque" dans le temporel des individus. C'est le "principe d'individua-tion ". La mort des individus est donc apparente, la réalité c'est la Vie ; seule l'espèce vit, la mort de chacun est une impression, due à l'obligation de la Vie d'en passer par le temps. En effet, si l'on ôtait le temps au devenir de la Vie, on se trouverait devant l'éternité immobile, immuable comme les Idées chez Platon. ("L'individu c'est l'égarement de la vie ; sa mort est une plaisanterie ", dit Schopenhauer.)
On le voit, l'éternité a changé de nature ; elle est devenue l'immortalité.

A) L'immortalité de l'âme
Pour Platon, la mort est positive car elle libère l'âme de son enveloppe charnelle. Loin que la mort soit la fin, elle est le début. De quoi ? de l'être pur, celui de l'âme qui, remontant au Royaume céleste, retrouve les essences éternelles ; son séjour terrestre et temporel était sa prison ; la mort du corps lui ouvre les portes de la prison. L'âme est redevenue ce qu'elle est par essence, éternelle.
Pour Platon, la mort est donc attendue avec sérénité, elle est même souhaitée : philosopher, dit-il, c'est se préparer à mourir ; sa vie durant, le philosophe travaille à dégager son âme de la promiscuité du corps. La mort, c'est l'accès à la sagesse.
Et cette mort peut acquérir un surcroît de positivité si je lui donne une valeur d'exemplarité. Ainsi Socrate, condamné à mort pour avoir enseigné le sens critique aux jeunes Athéniens, refuse de se déjuger ; il préfère mourir plutôt que de renier ses idées : il boit la ciguë. Par la mort assumée, l'immortalité de l'âme devient l'immortalité d'une idée. La mort, de pur fait physique, prend une dimension morale. Le choix de mourir fixe à jamais l'idée pour laquelle on meurt. Ma mort a le sens emblématique d'un exemple à suivre.
Les Stoïciens acceptaient la mort, mais avec fatalité. Socrate, lui, fait choix de mourir pour une cause ; le sens vient de l'Homme, de sa liberté. S'immoler, c'est s'immortaliser. Mourir par choix, c'est survivre à soi-même, c'est se donner l'éternité.

B) Ce que refuse catégoriquement Sartre
L'existence, c'est la liberté ; la mort est la compagne de la liberté, pas son assassin ! Le projet de mourir, si exemplaire soit sa réalisation, reste un contresens. En effet, l'homme n'est rien (à la naissance), et ce rien va lui permettre de choisir ce qu'il a à être. S'il était tout, il ne pourrait pas choisir d'être, comme les animaux qui, dès la naissance, sont tout ce qu'ils sont. Le rien (appelons-le "néant"), chez l'homme, est condition du choix d'être. Le néant est corrélatif de l'être humain ; son compagnon de route. Coextensif à son être. Il fait partie de son être. Il est clair que ce néant ne doit pas être choisi comme but à réaliser, sinon le néant va anéantir l'être, la mort va tuer la liberté. Socrate choisit la mort, mais ce n'est pas un choix, c'est sa négation. Le suicide, à cet égard, est absurde puisque loin d'être libre, il tue la liberté. Le choix de la mort, dit Sartre, c'est la mort du choix.
La mort est donc à prendre comme un possible toujours présent, et non certitude future. Le possible permet à l'être d'être, de se choisir ; il reste "contingent" ; la certitude rend l'être "nécessaire", c'est-à-dire elle tue l'être puisqu'il n'aura plus le choix d'être. La mort est le stimulant constant que se propose la vie (l'enjeu) pour se dynamiser elle-même, pour inventer la vie. La mort est alors symbolique. A ce titre elle peut être jouée, simulée, psychodramatisée (mort symbolique du père, en psychanalyse). Elle peut donc être "donnée" (donner la mort ) mais non dans un sens sinistrement réaliste, génocidaire, mais tout au contraire, comme condition possible d'une renaissance psychique.

C) Pour Hegel, il ne s'agit pas de s'entre-tuer ; mais l'homme ne naît pas conscient.

Au départ nous ne sommes, chacun pour lui-même, et chacun pour les autres, que des vies biologiques, des vies animales ; celles-là même qui nous empêchent d'accéder à la conscience. Pour accéder à la conscience, il faut nous débarrasser mutuellement - symboliquement - de cette part animale. Seul le risque de perdre la vie, et la mort comme ce risque peut nous délivrer de notre animalité et nous faire accéder à notre subjectivité : l'homme ne naît à sa conscience d'être humain qu'au terme d'une lutte, d'une "lutte à mort" pour la reconnaissance des consciences entre elles. Cette promotion de la conscience n'est possible que si la vie est mise en jeu. Celui qui acceptera le risque de la mort sera reconnu par l'autre comme étant le plus respectable dans sa subjectivité d'être humain. Il sera provisoirement le maître, l'autre l'esclave.

Hervé RIGOT-MULLER

Professeur de philosophie, animateur d'un café philosophique à Lyon. Propos recueillis
le 16 novembre 2002 lors d'une conférence à l'Université catholique de Lyon.

Humanisme et vie en société


Histoire de l'humanisme :

Né pendant la Renaissance, l'humanisme continue de se développer au fil des siècles à travers la pensée des intellectuels, écrivains et philosophes, comme Kant au XVIIIème siècle.
Au siècle des Lumières, les philosophes déclarent universelle l'humanité de chaque être humain. Et affirment qu'elle est présente en chacun, quelque soient ses différences d'origine, son milieu de vie, son ethnie, sa religion, sa nation.

Au XIXème siècle cette vision, considérée comme trop abstraite est remise en cause. A l'époque, la nation est devenue fondement de la société et l'on considère de ce fait que chaque homme fait partie d'une humanité particulière.
Cette idée est reprise au XXème siècle, par les représentants du fascisme et du nazisme qui font reposer leur idéologie sur le nationalisme : "Ein Volk, Ein Reich, Ein Führer" … et donc une vision radicalement opposée à celle de l'Humanisme.
Après la seconde guerre mondiale, l'humanisme connaît une nouvelle évolution, qualifiée par certains de déviance ou de dérive à travers le mouvement existentialiste.

L'humanisme moderne, issu du siècle des Lumières, rejette la notion d'endoctrinement et de pensée unique, mais prône au contraire la nécessité de l'émancipation et de l'ouverture à la richesse des cultures.
Il continue à promouvoir l'idée que la pensée de l'homme, libre et autonome, transcende sa nationalité, ses origines ethniques, sa religion et son milieu socio-économique .

Après la mort: résurrection, réincarnation et Vie éternelle

1/ Les philosophes s'interrogent et les poètes imaginent
2/ Quand l'Eglise parle du Ciel
3/ Trente questions à un théologien

 

1/ Les philosophes s'interrogent et les poètes imaginent

Dès l'antiquité, les philosophes ont spéculé sur l'existence de l'au-delà et la possibilité de l'immortalité, sans toujours y mêler une référence religieuse. Mais c'est du côté de la poésie et de la littérature qu'il faut chercher des représentations de cet au-delà susceptibles de nourrir notre imaginaire.

Au 4ème Livre de ses Géorgiques, écrites en l'an 30 avant Jésus-Christ, le poète latin Mrgilc conte les malheurs d'Orphée, descendu aux Enfers pour y chercher son épouse Eurydice. Alors qu'ils cheminent l'un derrière l'autre vers la lumière, Orphée oublie sa promesse de ne pas regarder l'amante adorée avant d'être tout à fait revenu au séjour des vivants. Il se retourne vers elle, la condamnant aussitôt à regagner le royaume des morts. Eurydice va disparaître. Elle s'écrie : " Quel est donc cet accès de folie, qui m'a perdue, malheureuse que je suis, et qui t'a perdu, toi, Orphée ? Quel est ce grand accès de folie : Voici que pour la seconde fois les destins cruels me rappellent en arrière et que le sommeil ferme mes yeux flottants. Adieu à présent ; je suis emportée dans la nuit immense qui m'entoure et je te tends des paumes sans force, moi, hélas ! qui ne suis plus tienne. "
Cette magnifique et terrible évocation poétique de l'appel vers l'au-delà illustre l'idée, débattue par les philosophes depuis que la philosophie existe, que la mort ne serait pas la fin de la vie, mais un passage vers une autre forme d'existence. Au \'c siècle avant Jésus-Christ, Socrate, qui s'apprête à boire la ciguë du condamné à
mort, affirme à ses proches, jusqu'à son dernier souffle, sa conviction de l'éternité. Platon a mis en scène cette conversation dans un dialogue philosophique, Phédon, ou de famé. Socrate y expose toutes les raisons qui l'amènent à croire qu'il va poursuivre dans l'au-delà, avec les plus sages des hommes, les conversations qu'il a eues en ce monde pour découvrir la vérité.

L'âme des grecs

Socrate sait ne pas être en mesure de prouver sa conviction : " Sans doute ne convient-il pas à un homme qui réfléchit de vouloir à toute force qu'il en soit de cela comme je l'ai exposé. " Pourtant, ajoute-t-il, l'évidence de l'immortalité de l'âme est un risque qui mérite d'être couru : " C'est en effet un beau risque et dans une conviction de cette sorte, il y a comme une incantation qu'on doit se faire à soi-même. "
Quatre siècles plus tard, Cicéron reprendra cette idée dans son Sommeil de Scipion. Quand nous mourons, pense-t-il, nous rejoignons le cercle de nos bien-aimés disparus. Ce n'est pas le néant qui nous absorbe, mais la plénitude de la vie, en un lieu éclairé par la vérité. Scipion, grande figure de la République romaine, espère ainsi retrouver les hommes d'Etat qui ont fait preuve d'intelligence politique et d'esprit de sacrifice.
Tous les philosophes de l'antiquité n'eurent pas cette vision de la " vie éternelle ".
Pour Epicure (341-270 av. J.-C.), l'au-delà n'existe pas, et le bonheur du sage est à réaliser en ce monde. L'âme est vouée, comme le corps, à la désagrégation. Ea mort, affirme-t-il, " n'est rien pour nous ". Si nous sommes convaincus qu'elle est la fin de tout, nous n'aurons ni à espérer, ni à redouter une autre vie. Epicure et les épicuriens ne prônent pas pour autant une jouissance sans mesure, mais plutôt une sérénité inébranlable. " Cette connaissance certaine que la mort n'est rien pour nous a pour conséquence que nous apprécions mieux les joies que nous offre la vie éphémère, parce qu'elle n'y ajoute pas une durée illimitée, mais nous ôte au contraire le désir d'immortalité " (Lettre à Ménécée).

Descente aux Enfers

Au Moyen-Age, le poète italien Dante Alighieri entreprendra à son tour un long voyage dans l'au-delà, qu'il mettra en vers dans cet absolu chef-d'œuvre qu'est La Divine comédie. Trois guides l'accompagnent dans ses visites successives de l'Enfer, du Purgatoire et du Paradis : Virgile, " lumière et honneur de tous les poètes ", en Enfer ; la pure Béatrice au Purgatoire ; et Saint-Bernard de Clair-vaux au Paradis, lorsque Dante est admis à contempler Dieu. Au premier cercle de l'Enfer, les Limbes, Dante rencontre ceux " qui ne péchèrent pas ", mais qui, " ayant vécu avant le christianisme [...], n'ont point adoré Dieu comme il sied. " C'est en particulier le cas de Socrate : " Quand j'eus levé un peu plus haut les cils, je vis le maître de tous ceux qui savent, assis dans l'assemblée philosophique : tous le regardent, tous lui font honneur ; et je vis là Socrate, avec Platon, siégeant plus près de lui, devant les autres. " Et Epicure ? Point d'indulgence pour lui. Il est bel et bien en Enfer : " Les sectateurs d'Epicure et lui-même ont trouvé par ici leur cimetière, eux qui font mourir l'âme avec le corps. "

Le mythe de l'éternel retour

Le cheminement de Dante est un voyage initiatique et mystique à travers les trois o> royaumes " du péché, du repentir et de la contemplation des éternelles vérités. Il y met en œuvre son immense culture, très imprégnée du catholicisme de son temps. Après lui, au fil des siècles, la réflexion philosophique sur la mort, au fur et à mesure qu'elle se détache de la théologie, va peu à peu s'éloigner de la question de l'immortalité. Spinoza rejoint la sagesse épicurienne en affirmant, dans L'Ethiquee, que la philosophie est " une méditation, non de la mort, mais de la vie ". Kant, comme Socrate, constate l'impossibilité théorique de prouver l'éternité j il estime pourtant qu' " II est sage d'agir comme si une autre vie [...] était inéluctable. " Marx voit dans l'idée d'au-delà, qui tait endurer la misère sur terre pour gagner le paradis dans les cieux, le symbole même de l'aliénation religieuse. Quant à Nietzsche, à la fin du xix1' siècle, il proclame " la mort de Dieu " et propose de substituer un temps cyclique à une conception linéaire du temps qui fait se succéder un avant, un pendant, et un après la vie. A l'image des saisons, les vies humaines ne seraient qu'un " éternel retour du même ".
A l'exception des philosophes chrétiens, c'est donc une nouvelle fois chez les poètes et les artistes qu'il faut chercher une représentation de l'au-delà.
Lamartine voyait dans la Bible un " livre où l'espérance est permise aux mourants ". Victor Hugo, jamais à cours de démesure, a entrepris à son tour un voyage aux Enfers inachevé et publié après sa mort, en deux volets : La Fin de Satan et Dieu. La vision de l'éternité y est magnifiée par le souffle épique ; " Là-haut toute souffrance en bonheur est comptée ; Dieu, ce soleil qui fait même une ombre à l'athée, serait injuste et feux si c'était autrement. Le sépulcre n'est pas une bouche qui ment. J'ai la peine d'un jour, mais j'ai l'âme immortelle ! "

" La fin de Satan "

Victor Hugo, en quelques vers épiques où la clameur domine, recueille non sans humour les plaintes de Satan sur son sort : le diable, condamné aux Enfers à perpétuité, n'assiste-t-il pas avec détresse au départ progressif des plus grands pécheurs, qui ont racheté leurs fautes ? Derrière les références historiques et la grandiloquence du verbe, (e poète exprime aussi sa foi dans l'immortalité et le pardon divin.

"…Je viens d'entendre Judas dire,
Dans sa geôle où, son crime et moi, nous le lions :
-Je n'ai plus maintenant que quatre millions
De siècles à rester à la chaîne dans l'ambre.
- Que Judas est heureux ! Il peut compter un nombre.
Pour tous, pour tous, pour tous, l'horizon blanchira.
Caïn, le vieux Caïn, lui-même sortira !
Moi seul, je resterai dans les déserts funèbres.
Horreur sans fond !
Je suis l'éternel des ténèbres.
Je suis le misérable à perpétuité. "

Extraît de l'article de Jean-Luc Pouthier
Panorama Hors-série N° 24 - Mars 1997


2/ Quand l'Eglise parle du Ciel

Bibliographie :
JEAN-PAUL II, La mort et l'au-delà, Coll. "Ce que dit le pape", Editions du Sarment, 2001
Jacques Chiffoleau, La Comptabilité de l'Au-delà. Presses de l'Ecole française de Rome

La vision chrétienne de l'au-delà a évolué tout au long de l'histoire de l'Eglise: Raisons de cette évolution par Jacques Chiffoleau, professeur d'Histoire médiévale à l'Université d'Avignon

Jean-Luc Pouthier : La vision chrétienne de l'au-delà s'est développée dans des sociétés juives, grecques, romaines, qui avaient leur propre représentation du séjour des morts. Comment s'est-elle imposée ?

Jacques Chiffoleau : La nouveauté absolue du christianisme, c'est la résurrection des corps, à la fin des Temps. Dans l'Eglise primitive, l'essentiel, c'est l'attente et la proximité de ces derniers jours. Ce qui survient tout de suite après la mort n'est pas très important et ne fait pas l'objet de spéculations théologiques particulières, par exemple chez saint Augustin. La destination immédiate des morts est assez floue, comme elle l'était d'ailleurs dans les enfers des Grecs et des Romains, ou dans le Schéol des Hébreux. Pour saint Augustin, ce qui compte le plus n'est pas de rejoindre ses ancêtres dans la tombe ou dans l'au-delà, mais bien Dieu lors de la résurrection générale. D'où l'absence d'intérêt pour les rituels et les pratiques funéraires spécifiques.

Pourtant, de telles pratiques existaient...
C'est bien le paradoxe. En dépit de cet apparent mépris, le culte des morts s'est développé, laissant supposer qu'il existait une vie après la mort. L'étude de certaines pratiques, par exemple l'enterrement auprès du corps des saints, permet de penser que l'on croyait en l'efficacité du corps saint pour être protégé au moment du passage dans l'au-delà et pour se trouver ainsi plus proche de Dieu. A l'époque du Haut Moyen Age (VIIe-VIIIe siècles après Jésus-Christ) cette attitude religieuse rencontre des croyances populaires selon lesquelles les morts restent,
pendant au moins un certain temps, tout près des vivants. Les morts viennent déranger les vivants parce qu'ils ne sont pas bien, parce qu'ils ne rejoignent pas tout de suite Dieu. Des échanges ont lieu constamment entre les vivants et ces revenants. L'idée se développe alors que la Communion des saints peut aider les morts à gagner la paix et la vision directe de Dieu. On commence au fond à distinguer trois sortes d'au-delà :
- un au-delà proche, où les morts sont encore pendant un certain temps près des vivants, tout près même.
- un au-delà plus lointain, positif: c'est celui où la contemplation directe de Dieu est possible, lorsque l'on est purgé de ses fautes. Avant la résurrection des corps au dernier jour, seule l'âme peut contempler Dieu. Après, la contemplation est le fait de l'âme et du corps, dans leur plénitude.
- un au-delà lointain, négatif ; c'est celui du " dam ", de la privation de la vue de Dieu, qui donnera le mot damnation. Les lieux infernaux sont plutôt imaginés à partir des récits de voyage au pays des morts, en songe, qui se répandent alors et où les descriptions des peines sont toujours très pittoresques. Le folklore joue aussi un rôle important en la matière. Les descriptions des voyages au pays des morts se transforment en description de l'enfer chrétien. Et les théologiens systématisent tout cela.

Et le purgatoire ?
Comme lieu et comme temps de l'au-delà, il apparaît plus tard, à la fin du xnL siècle. Avant, il y a bien l'idée que l'on doit se purger avant d'arriver à Dieu, mais cela ne va guère plus loin. Tout l'art des moines, à Clu-ny par exemple - où l'on invente la fête des défunts, le 2 novembre - est de se proposer comme des médiateurs par la prière, entre les vivants et les morts. Ce faisant, les clercs et les prêtres, désormais intermédiaires obligatoires entre ici-bas et au-delà, s'interposent entre les deux mondes. D'une certaine façon, le purgatoire, qui est de plus en plus présent dans la pastorale à partir du XIII" siècle, c'est l'espoir comme l'a bien montré Jacques Le Goff. Mais c'est aussi un temps et un lieu intermédiaires qui éloignent un peu plus les hommes des deux au-delà plus lointains dont je parlais il y a un instant, l'enfer et le paradis. Au moment où le purgatoire joue un rôle de plus en plus important apparaît d'ailleurs aussi, comme l'a montré le Père de Lubac, le mot " surnaturel ", qui indique bien une séparation plus forte entre les deux mondes. L'au-delà est désormais presque entièrement du côté du surnaturel, alors qu'auparavant, si je puis dire, il était dans la proximité même du monde : Il y avait des bouches d'enfer et les revenants, les démons et les saints, dont on touchait les reliques, intervenaient sans cesse dan la vie quotidienne.
Il existait pourtant des moyens d'abréger, de " négocier " son séjour dans l'au-delà. Entre le XIVe et le XVIIe siècles, la multiplication des messes pour les morts ou l'achat des indulgences sont certes des moyens d'abréger le temps de passage au purgatoire, mais ce sont aussi les signes d'un éloignement du paradis et de l'enfer. Les réactions des réformés, comme Luther et Calvin, pour qui seule la foi sauve, sont une façon de refuser cet éloignement, mais en définitive ils manifestent tout autant, et même peut-être plus, la coupure entre ici-bas et au-delà. En ce sens, on peut dire que le monde se désenchante un peu puisque l'au-delà est situé véritablement ailleurs au moment même où l'on observe une certaine laïcisation de la société. Cela n'empêche pas Luther de jeter un encrier à la tête du diable et les luthériens, comme les catholiques, de faire la chasse aux sorcières, ce qui montre bien que l'on a beaucoup de peine encore à imaginer que l'on ne puisse plus avoir de contacts avec le monde des morts, avec les anges et les démons, avec l'au-delà. Du point de vue de l'Eglise, ce qui est fixé au XIIIe siècle évolue peu. L'analyse des pratiques dans la longue durée montre que plus on prie pour les morts, plus on pense pouvoir intervenir sur l'au-delà, plus on souligne la séparation entre les deux mondes, des vivants et des morts.

Grégoire le Grand inventeur des trente messes pour les morts

Dans sa " Naissance du purgatoire " (Gallimard /Folio Histoire - n° 31 ), Jacques Le Goff attribue à Grégoire le Grand, devenu pape en 590, l'institution de la messe pour les morts. Selon le récit donné par Grégoire lui-même dans ses " Dialogi ", il faut en chercher l'origine dans le décès d'un moine de son monastère, Justus, qui avait enfreint la règle en cachant trois pièces d'or. Jacques Le Goff raconte : " Trente jours après ta mort de Justus, Grégoire se mit à penser tristement aux supplices que devait souffrir le moine défunt et ordonna que, pendant les trente jours suivants, une messe fût quotidiennement célébrée à son intention. Au bout de trente jours, le mort apparut à son frère, de nuit, et lui dit que, jusqu'à ce jour, il avait souffert, mais qu'il venait d'être admis à la communion (des élus).
Il apparut clairement que le mort avait échappé au tourment grâce à l'hostie salutaire ".

Interview réalisée par Jean-Luc Pouthier
Panorama Hors-série N° 24 - Mars 1997

 

3/ Trente questions à un théologien

Père Michel Rondet, jésuite et théologien, donne un éclairage sur l'au-delà, tel qu'il est promis à ceux qui ont foi en un Dieu vainqueur de la mort.

1 - Sur quoi les chrétiens s'appuient-ils pour penser l'au-delà ?
Pour penser l'au-delà, les chrétiens s'appuient sur Dieu, uniquement Ils n'ont que faire de spéculations sur l'immortalité de l'âme. Les juifs ont longtemps cru qu'il n'y avait pas d'autre vie que la vie en présence de Dieu " sur la terre des vivants ". Puis, ils ont compris que Dieu ne pouvait pas " laisser son ami voir la corruption ", s'anéantir dans la mort. Toute leur croyance en l'immortalité reposait donc sur la fidélité de Dieu à l'Alliance. Avec le Nouveau Testament, la croyance en une vie avec Dieu au-delà de la mort devient foi en la résurrection de la chair. Lié au Christ, re-né avec lui, le fidèle peut désormais espérer du Père qu'il le ressuscite avec le Fils.

2 - Mais la mort ne fait-elle pas partie intégrante de la création de Dieu ?
Pourquoi les juifs ont-ils pensé que Dieu ne l'acceptait pas ? Cette foi en une vie au-delà de la vie n'est pas négation de la mort. Celle-ci est acceptée. Mais, dans la mort même, le croyant de l'Ancien Testament se sent lié à Dieu qui est la vie. Job sait qu'au jour de sa mort, Dieu, le Dieu des vivants, sera avec lui et c'est dans cette espérance qu'il vit son épreuve.

3 - Est-ce dans cette même foi que Jésus est mort ?
Oui, Jésus était un juif croyant, il est mort dans la foi de son peuple au Dieu qui est le Dieu de la vie. Et c'est à ce Dieu, son Père, qu'il a remis l'Esprit en mourant, certain que le Père ne pouvait pas abandonner le Fils qui avait livré sa vie pour les hommes.

4 - Jésus n'avait pas totalement confiance en son père puisqu'il dit sur la croix : " Père, pourquoi m'as-tu abandonné ? "
Oui, vous avez raison, mais il faut lire tout l'Evangile. Jésus ayant pris sur lui notre condition humaine a vécu l'angoisse de tout homme face à la mort et il l'a exprimée dans ce cri qui est notre cri à tous : - Pourquoi m'as-tu abandonné ? " Mais il a dit aussi, surmontant cette angoisse : " En tes mains, je remets mon espnt. " Et c'est bien le chemin que nous sommes tous invités à suivre, de l'angoisse à la foi, voire de la foi au cœur de l'angoisse.

5 - Mais alors qu'apporté de plus le Nouveau Testament à la foi du Peuple élu ?
Une confirmation et un fondement. Le témoignage des disciples sur la résurrection de Jésus manifeste que le père a glorifié le Fils. Dès lors, le Père ne peut pas abandonner ceux avec qui le Fils s'est solidarisé et pour qui il a donné sa vie. Comme le dit saint Paul, " si nous ne ressuscitons pas, c'est que le Christ n'est pas ressuscité ". Il est donc impossible de dissocier foi en la résurrection de Jésus et foi en notre résurrection.

6 - Qu'entendez-vous par " glorifier " le Fils ?
Glorifier, pour Dieu, c'est accueillir dans le rayonnement de sa sainteté, de sa gloire éternelle. En ressuscitant Jésus, le Père proclame qu'il reconnaît dans le crucifié du Golgotha le Fils unique, envoyé en son nom dans le monde pour nous sauver. Ressuscité, Jésus manifeste enfin la gloire qu'il partageait avec le Père de toute éternité.

Ame et corps

7 - Les chrétiens croient donc en l'immortalité de l'âme...
Trop souvent, hélas, et notre enseignement a trop longtemps fortifié cette conception qui vient de la philosophie grecque mais pas de la Bible. Pour un chrétien, il n'y a pas d'un côté l'âme, qui serait immortelle, et de l'autre le corps, qui serait périssable. Dans cette perspective, la résurrection de la chair à laquelle nous croyons n'aurait aucun sens, puisque ce serait réenfermer l'âme dans sa prison charnelle. Et c'est bien ainsi qu'ont réagi les athéniens, attachés à l'immortalité de l'âme, quand Paul a voulu leur parler de la résurrection de la chair.

8 - Mais la nature fait que le corps, après la mort, est appelé à retourner en poussière...
Oui, mais ce n'est pas seulement le corps qui meurt. C'est nous qui mourrons tout entier.

9 - Donc, selon vous, l'esprit et l'âme meurent eux aussi ?
Ils passent aussi par la mort car ils n'existent pas indépendamment de notre corps. Comme le dit cette réflexion merveilleuse d'une enfant du catéchisme : " Si, après la mort, mon âme est au ciel et mon corps dans la terre, moi, où est-ce que je suis ? " Cette petite fille dit très bien ce qu'est l'anthropologie biblique. La résurrection n'est pas la survie d'une part abstraite de nous-mêmes, mais la recréation par-delà la mort de notre être personnel, du " moi " de la petite fille.

10 - Qu'est-ce que saint Paul appelle corps spirituel ?
Oui, il faudrait relire et méditer plus souvent ce beau chapitre 15 de la lère Epitre aux Corinthiens où saint Paul, prenant l'exemple de la graine et de l'arbre, explique que nous sommes semés charnels et que nous ressuscitons spirituels. C'est la même graine, le même homme, mais transfigurés dans L sainteté de Dieu.

11 - Est-ce pour cette raison que, selon les récits évangéliques, les disciples n'ont pas reconnu Jésus ressuscité ?
En effet, ce n'est pas en le voyant qu'ils le reconnaissent mais à sa parole et au partage du pain. C'est en retrouvant son message dans ce qu'il avait d'unique qu'ils le découvrent vainqueur de leurs doutes et de leur détresse.

12 - Pourtant, lorsque Jésus a ressuscité son ami Lazare, tout le monde l'a reconnu ?
Pour Lazare, il ne s'agit pas de résurrection, mais de rappel à la vie. Lazare rappelé à la vie, reste soumis à la condition mortelle de tout homme. Le Christ ressuscité ne meurt plus et ceux qui ressuscitent avec lui ne peuvent plus mourir. La résurrection est bien une recréation.

13 - Vous avez parlé avec saint Paul de corps spirituel. Comment penser la vie de ce corps spirituel ?
En parlant de corps spirituel, saint Paul voulait souligner à la fois la continuité de notre existence personnelle et sa transfiguration. Notre moi spirituel, ce sera bien notre moi avec tout ce qui a fait son histoire, donc avec ses relations et son environnement humain et cosmique, mais transfiguré dans l'amour.

14- Le christianisme n'a-t-il pas trop longtemps ignoré la dimension cosmique de l'avenir des hommes ?
Parce que nous étions trop marqués par la croyance en l'immortalité de l'âme, le reste n'avait plus aucune importance. Pour un chrétien, c'est la création tout entière (le monde et les hommes) qui est sauvée et recréée en Jésus-Christ. De même que le Christ, dans sa résurrection emporte avec lui les paysages de Galilée qu'il a aimés, les hommes et les femmes qu'il a rencontrés, de même chacun d'entre nous sera-t-il, dans sa vie nouvelle, habité par tout ce qu'il a aimé de beau et de grand dans cette vie.

15 - Certaines études prospectives aboutissent à des scénarios catastrophe marquant la fin de notre univers solaire. Est-ce que ce sera le moment de la résurrection des morts ?
Les apocalypses bibliques et chrétiennes connaissent aussi des scénarios catastrophe, mais ils débouchent sur les cieux nouveaux et la terre nouvelle où la justice habitera. Le message de la résurrection a pour nous deux aspects. Un aspect personnel : c'est à travers la mort que nous serons recréés spirituellement. Un aspect communautaire ; nous ne sommes pas seuls, nous sommes un peuple, une création et nous ne vivons pas indépendamment de ce peuple et de cette création. C'est pour cela que le christianisme a toujours associé le monde et l'histoire à la résurrection du Christ et à la nôtre.

16- Mais alors, entre ces deux étapes de résurrection, la résurrection individuelle et la résurrection collective, que devient-on ?
En parlant d'étapes, vous faites référence au temps. Or, par la mort et la résurrection, nous entrons dans l'éternité qui n'est plus le domaine du temps mais de la plénitude. II n'y a pas deux étapes de la résurrection, mais une entrée progressive dans une plénitude, dans une perfection qui se développe éternellement. Après la mort, nous sommes ressuscites et nous vivons en communion avec le Père, le Fils et l'Esprit et avec tous les saints. Avec eux et en eux, nous vivons aussi dans l'attente impatiente du triomphe définitif du Christ.

Jugement et enfer

17 - Pouvez-vous affirmer que tous les hommes entreront dans cette plénitude ?
Tous les hommes sont appelés à cette plénitude. Nous n'avons été créés dans le Fils que pour partager un jour avec lui la communion trinitaire.

18 - Qu'entendez-vous par " créés dans le Fils " et par " communion trinitaire " ?
Quand la Bible nous dit que nous sommes créés à l'image de Dieu, cela signifie bien que nous sommes créés dans le Fils qui est l'image véritable du Père. Limage que nous sommes est certes imparfaite, elle est ternie par le péché, mais elle trouve dans le Christ et avec lui sa véritable ressemblance. Elle peut alors participer pleinement à l'échange d'amour du Père, du Fils et de l'Esprit, c'est-à-dire à la communion trinitaire.

19 - Qui d'entre nous, à sa mort, peut prétendre pouvoir participer à cette communion ?
Pour chacun d'entre nous, la mort est rencontre de la sainteté de Dieu. Pour les hommes pécheurs et imparfaits que nous sommes tous, cette rencontre implique une purification. Confronté au feu de l'Esprit saint, nous en sommes brûlés et tout ce qui en nous n'est pas amour et charité est détruit, anéanti.

20 - Est-ce à dire que le feu de l'Esprit et ce que nous appelons le purgatoire sont une même réalité ?
Oui, et des mystiques l'ont dit avant moi. Il faut que nous comprenions bien que la justice de Dieu, à la différence de celle des hommes, n'est pas une justice qui sanctionne mais une justice qui sanctifie et donc purifie comme le feu.

21 - Mais alors que signifie le jugement de Dieu qui, selon l'Ecriture, sépare les bons des méchants ?
Le jugement de Dieu passe d'abord à l'intérieur de chacun de nous. Personne n'est absolument bon ou absolument méchant. La sainteté de Dieu dénonce en chacun de nous le mal et l'anéantit. Elle anéantit donc une part de nous-même et l'on comprend que ce puisse être douloureux. Mais c'est pour que vive et puisse enfin grandir en toute liberté l'image de Dieu que nous sommes. C'est donc finalement une épreuve bienfaisante.

22 - Mais l'enfer ne fait-il pas partie de la représentation de l'au-delà du chrétien ?
Oui, mais cette représentation, telle qu'elle existe dans l'imaginaire des chrétiens, pose bien des questions. Elle éternise le mal. Or l'éternité, c'est le mode d'être de Dieu. Eterniser ce qui est négation, destruction, division, c'est situer en face de Dieu un autre Dieu mauvais, ce que la théologie chrétienne a toujours refusé.
Par ailleurs, il est vrai que l'homme est libre, Dieu l'a voulu ainsi. Mais cette liberté de l'homme, dans son existence terrestre, est limitée. Elle n'est pas en mesure de poser l'acte définitif, ni dans le bien, ni dans le mal, qui scellerait pour toujours sa destinée. La justice de Dieu qui sanctifie ne serait-elle pas assez puissante pour obtenir que finalement l'homme accepte librement son salut r Enfin, l'existence d'un enfer éternel, tel qu'on se le représente habituellement, contredit toutes les paroles de l'Ecriture qui affirment que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. Elle méprise la victoire de la croix sur le mal. Inexistence d'un seul damné rendrait dérisoire le sacrifice du Christ.

23 - Le seul choix qui revient à l'homme est de savoir s'il fait son purgatoire sur terre ou après la mort ?
Le seul choix qui revient à l'homme, c'est de savoir comment il va répondre dès à présent à l'amour de Dieu et quelle vie humaine il va vivre pour que Dieu puisse la diviniser.

24 - A quoi cela sert-il alors de prier pour les âmes du purgatoire ?
Telle quelle, l'expression renvoie à une conception spatiale et temporelle du purgatoire. Cette conception, nous l'avons dit, est erronée. Mais l'intuition de la prière est juste. C'est une expression de la communion des saints. Notre fraternité en Dieu, dans le Fils, ne cesse pas avec la mort et la prière est un heu de rencontre et de communion avec ceux qui nous ont précédés.

25 - Les chrétiens croient donc à la communication avec les morts...
Dans la mesure où nous vivons de l'Esprit du Christ, nous participons déjà à l'universalité de sa charité et nous sommes ainsi présents à ceux que nous aimons par-delà la mort comme eux le sont pour nous. Que cette communion des saints devienne à certains moments plus perceptible, c'est tout à fait possible. Ce qu'on peut dire au-delà relève de l'interprétation subjective.

26 - Tout ce que vous venez de dire a un sens pour les croyants. Qu'en est-il des milliards d'hommes qui meurent sans avoir jamais entendu parler du Christ ?
Tout homme créé à l'image de Dieu a, de par son existence même, une relation à Dieu, qu'il le sache ou non. L'Esprit de Dieu agit en lui dans le respect de sa liberté et de sa culture. Dans le dessein de Dieu, nous sommes tous appelés au salut, un salut qui nous est donné et offert par des chemins que Dieu seul connaît, bien au-delà de nos réponses humaines et de nos mérites.
Quel bonheur ?

27 - Pour beaucoup de gens, le ciel est, en quelque sorte, le paradis terrestre retrouvé. Qu'en pense le théologien ?
C'est encore du domaine des représentations imaginaires, héritées en partie des mytholo-gies anciennes. Ce n'est pas mauvais en soi mais c'est bien pâle à côté de la réalité. Le ciel pour un chrétien, c'est la communion trinitaire, la participation au bonheur éternel de Dieu. C'est la vie du Christ ressuscité goûtant dans l'Esprit la joie du Père et la communion de tous ses frères.

28 - Un bonheur sans fin... N'est-ce pas un peu monotone ?
Oui, si nous concevons l'éternité comme le temps indéfiniment étiré. Mais l'éternité n'est pas d'ordre temporel mais qualitatif.
On ne se lasse pas d'aimer quand on aime toujours mieux.

29 - En conclusion, quelle image de l'au-delà le théologien peut-il proposer aux chrétiens ?
Par-delà toutes les images, je m'efforce de revenir au message évangéhque de l'Ascension. J'espère pour nous ce que le Père a réalisé pour Jésus : l'accueil dans sa béatitude, dans sa sainteté, dans sa joie éternelle.

30 - Rien de plus ?
Ma foi n'a pas besoin d'autre chose pour
nourrir en moi l'Espérance.

Interview réalisée par Agnès Auschitzka
Panorama Hors-série N° 24 - Mars 1997